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Trois arbres symboles : le sapin, le palmier, l’olivier

Trois arbres symboles : le sapin, le palmier, l’olivier

Le sapin, le palmier et l’olivier : trois arbres dont l’histoire remonte le temps, parcourt les distances et croise les civilisations.
Porteurs de symboles multiples, ils racontent les relations de l’homme à la divinité et de l’homme à l’homme. Ces marqueurs culturels qui portent en eux les aspirations matérielles et spirituelles de l’homme sont les fils arborés qui tissent entre les générations et les peuples un lien étroit, ancien et fécond. Et on s’aperçoit alors qu’ils sont aussi des marqueurs interculturels.

Le sapin, arbre des alliances
Le palmier, arbre des trois religions
L’olivier, arbre universel

Le sapin, arbre des alliances

En ce mois de décembre, l’Occident est sous le charme du sapin.
IL est partout : sur les places publiques, dans les grands magasins, les entreprises, les écoles, les maisons… Il est depuis longtemps indissociable de la fête de Noël, à tel point qu’on ne dit plus arbre, mais sapin de Noël.
L’histoire de cet arbre en tant que sapin de Noël est complexe : elle est le résultat de l’interaction des cultures, de la nécessité d’une représentation allégorique de la Nativité et de l’évolution des mentalités.
Il nous faut, pour la rendre compréhensible, réaliser un retour vers l’Antiquité où cette tradition a ses racines, brosser un rapide tableau du paysage religieux à Rome au début du IVème siècle de notre ère et évoquer les débuts du christianisme.

Même si le nombre de ses adeptes croissait rapidement, l’Eglise chrétienne était alors encore bien jeune et son pouvoir peu ferme. Elle cohabitait avec les nombreux cultes païens mais elle était décidée à les éradiquer tous et à imposer sa doctrine. La tâche était rude car les coutumes étaient bien implantées et ne cédaient de terrain que très lentement.
Or, elle s’avisa bientôt que le meilleur moyen de lutter contre les rites païens était de les détourner. Alors l’Eglise les détourna.

Elle se heurta à deux cultes particulièrement vivaces à Rome : les fêtes organisées en l’honneur de Saturne et celles célébrant Mithra.
Du 17 au 24 décembre, Rome célébrait les Saturnales, fête dédiée à Saturne, dieu des graines enfouies et de l’agriculture. Les Saturnales correspondaient au solstice d’hiver et les rites saturniens visaient à aider le soleil à monter haut dans le ciel pour accomplir sa mission fécondante. Au cours de ces fêtes les réjouissances étaient effrénées et il arrivait qu’on dépasse les bornes de la bienséance. On jouait, buvait, dansait, nommait des rois. Une certaine douceur aussi caractérisait ces journées : on traitait les esclaves comme des êtres humains, on échangeait des cadeaux.

Tout aussi importante était la dévotion au dieu Mithra, dont le culte, originaire de Perse, se répandit très vite en Asie Mineure et, de là, par le fait des campagnes militaires romaines en Orient, dans l’Empire romain, autour de 65 avant J.C. Vers le IIIème siècle de l’ère chrétienne, bénéficiant de la protection d’empereurs tels que Commode, Dioclétien et Aurélien, il avait acquis une puissance telle - Mithra était devenu un des dieux protecteurs de l’Empire - qu’il se posait en rival sérieux du christianisme.
Mithra avait tout pour séduire : il était le dieu de la lumière, le symbole de la chasteté, de la pureté et combattait les forces maléfiques. Son culte exigeait une initiation, un baptême ; ses servants l’honoraient lors de banquets sacrés où le pain, l’eau et le vin jouaient un rôle liturgique important. Les formes du culte étaient proches de celles des chrétiens.
C’était décidément un concurrent direct pour eux !
La fête en l’honneur de Mithra se déroulait le 25 décembre, jour du solstice d’hiver selon le calendrier romain. Ce jour, où le soleil renaissait et reprenait sa marche ascendante vers le ciel, on célébrait la « naissance du soleil invaincu » (Dies natalis solis invicti) : le jeune dieu solaire était censé sortir d’une grotte sous la forme d’un nouveau-né.

Pour les chrétiens, il n’y avait qu’un seul soleil, qu’une seule lumière éclairant le monde et c’était le Christ, vaincu en tant qu’être de chair, mais invaincu en tant que Dieu et fils de Dieu [1]. C’est pourquoi, l’Eglise fit de ce 25 décembre le jour (dies) de naissance de son Soleil invincible, autrement dit dies natalis solis, abrégé en Natalis, dont est issu le mot « Noël ».

Et ce soleil-là élimina l’autre. Le culte de Mithra disparut vers la fin du IVème siècle et celui du « vrai Soleil » s’affirma. Le 25 décembre s’imposait donc pour la célébration de cette divine naissance. On sait que Noël était célébré à Rome, vers 336, mais c’est en 354 que le pape Liberius fixa officiellement le choix de ce jour pour célébrer dans la Chrétienté la naissance de Jésus.

De l’autre côté de l’Empire romain, et depuis des millénaires, les Celtes fêtaient eux aussi la renaissance annuelle du soleil et de la lumière le 24 décembre. Dans les pays nordiques, qui sont plongés dans la nuit polaire pendant de longs mois, le culte de la lumière et du soleil renaissant est déjà ancien et vivace. [2] Les pays germaniques, eux, célébraient la fête de la fécondité à la mi-hiver. Petit à petit, les missionnaires qui évangélisèrent ces pays substituèrent adroitement (parfois par une persuasion plus musclée) le culte nouveau aux pratiques anciennes.

Il apparaît clairement que la date retenue pour la commémoration de la naissance de Jésus est liée à des traditions païennes qu’il était nécessaire de juguler pour s’imposer et cela se fit en les subvertissant : la fête de Noël est donc l’héritière des cultes anciens du soleil et de la fécondité, de la dévotion à la lumière victorieuse des ténèbres et du froid, à la nature renaissante marquée par un moment clé de l’année : le solstice. Les ingrédients sont présents dans les civilisations depuis très longtemps. Il suffit à la nouvelle religion d’y insuffler un esprit nouveau. Pour que la greffe prenne, il fallait transférer Noël aux jours de fêtes païennes importantes.

Et la fête de la Nativité se répandit partout, dans les parties christianisées de l’Empire romain, vers l’Orient, vers l’Occident.

Les traditions qui accompagnent Noël, qui furent élaborées au cours des siècles, sont fortement tributaires des anciennes pratiques païennes.
Ainsi du sapin de Noël.
Mais, dira-t-on, pourquoi un sapin et non pas un palmier ou encore un olivier, puisque Jésus est né à Bethléem, en Palestine [3] ?

Ni la coutume de l’arbre, ni celle du sapin ne sont nées de rien.
Les Cananéens, par exemple, fêtaient leur déesse Ashera − selon eux, créatrice de l’Arbre de vie − en dansant autour d’un arbre recouvert de plaques d’or et d’argent, de rubans, de figurines d’animaux.
Le sapin est l’arbre des pays froids ou de montagne : on le trouve jusqu’au grand Nord scandinave. Il est l’arbre toujours vert que les saisons n’altèrent pas. Même au plus froid de l’hiver, alors que tous les autres sont dépouillés, il reste inchangé, inébranlable, fidèle : c’est pourquoi il entre très tôt dans les cosmogonies et les mythologies nordiques et germaniques. Les Celtes associaient un arbre à chaque mois de leur calendrier lunaire : au mois de décembre était dédié l’épicéa (proche cousin du sapin), l’arbre de l’enfantement, le symbole de la vie. Pour la fête de Yul, les Scandinaves disposaient devant leur maison un sapin décoré de fruits secs et des dernières pommes de l’année.

Plus près de nos contrées, à l’occasion des Saturnales, les Romains décoraient un sapin de fruits rouges et ornaient leurs maisons de branches encore parées de leurs feuilles (gui, lierre, olivier, sapin). Les premiers chrétiens firent de même pour la fête de la Nativité, mais pour eux, c’est la notion de persistance des feuilles qui est importante et ils font de leur vert devint un symbole de l’immortalité de l’âme. Les traditions païennes de la célébration du solstice s’exprimant autour d’un sapin, il n’est pas surprenant que le christianisme en reprenne l’usage et qu’en Occident se soit imposé le sapin plutôt qu’un autre arbre.
Bientôt aussi, de jolies légendes [4] se créent pour expliquer l’élection de cet arbre et son usage se répand dans les pays germaniques d’où ils se diffusent dans le monde occidental chrétien sur les traces des Allemands et des Alsaciens [5] qui emportent avec eux leurs modes de célébration de Noël.

Vers le XIème siècle, le sapin est investi d’une dimension religieuse forte. En effet, à partir de cette époque, en même temps qu’on célébrait Noël, on mit en place une pédagogie vivante pour rappeler aux fidèles analphabètes les fondements de la religion chrétienne. C’est ainsi que sur le parvis ou à l’intérieur des églises, on jouait des pièces de théâtre - les Mystères - dans lesquelles, on représentait l’Histoire sainte, de la Chute d’Adam et d’Ève - chassés du Paradis terrestre pour avoir transgressé l’interdiction divine [6]. - à la Nativité.
Dans le jardin d’Eden, il y avait un arbre, celui de la connaissance du bien et du mal [7] et dans les saynètes, le rôle de cet arbre fut dévolu au sapin : on l’appela « l’arbre du Paradis », « l’arbre du bien et du mal » ou même « l’arbre d’Adam et Eve ».
Le sapin était décoré de pommes rouges [8] et d’hosties [9] blanches. Les pommes, faisant référence à l’épisode biblique de la tentation d’Adam par Eve, étaient les attributs du mal ; les hosties représentaient le rachat des péchés des hommes grâce au sacrifice du Christ et représentaient donc le bien.
Ainsi le sapin était un raccourci saisissant qui en ses symboles relie la chute du premier couple, coupable du péché originel, à l’Incarnation [10] de Jésus, envoyé aux hommes par Dieu pour effacer ce péché qui pèse sur toute l’humanité. Pour les chrétiens, par sa présence à la fête de la célébration de la Nativité du Sauveur, le sapin devint le symbole de l’espérance d’une humanité nouvelle.

Dès le début, et pendant des siècles, le sapin (détaché de son milieu naturel, implanté en un lieu artificiel, et apprêté) était un arbre de substitution, une allégorie dont la vocation était de matérialiser à la fois trois données bibliques relatées dans la Genèse et un élément chrétien issu des Evangiles : il s’agissait d’un objet matériel concret et connu (l’arbre), de deux concepts abstraits (le bien et le mal) ; et de l’infraction à une interdiction divine. Le christianisme y ajoute sa valeur propre, à savoir la rémission des péchés par la mort de Jésus considéré comme le Sauveur. Le sapin représentait donc le cheminement de l’Ancien Testament [11] vers le Nouveau Testament, de l’Alliance ancienne à l’Alliance nouvelle, de la Faute à sa Rédemption.

Depuis longtemps, le sapin de Noël n’est plus ce qu’il était : le cheminent spirituel qu’il rendait visible n’est plus lisible. Sa fonction d’allégorie religieuse s’est perdue au profit d’une dimension profane. Il a intégré une tradition dont il est une pièce maîtresse. Associé à une fête qui se situe à une période charnière du calendrier liturgique, il porte maintenant en lui des caractéristiques esthétiques par sa décoration ; festives par les apprêts que suscite la fête dont il est le centre ; commerciales par les cadeaux qu’on dépose à son pied et rassembleuses par les réunions familiales qui se tiennent autour de lui. Le sapin de Noël est tout cela et plus encore : il est la nostalgie de l’enfance, l’occasion de la rencontre des générations, la joie qui fait oublier les soucis, le prétexte pour que la fête soit et que s’exprime davantage la générosité et la solidarité envers les plus démunis. Grâce à lui, le monde, pour quelques heures, quelques jours, se fait plus chaleureux.
La fête de Noël avec son sapin est un moment de partage et d’ouverture à l’autre. Cet événement annuel doit être pour l’école le moment d’affirmer, par des activités pédagogiques autour de traditions inscrites dans l’affectif culturel occidental, sa volonté de donner à chaque enfant la possibilité d’échanger sur ses propres traditions et d’engager un dialogue entre les cultures grâce à une approche comparative et historique des religions. Là réside l’esprit de Noël ! Là aussi réside la magie du sapin.

Le palmier, arbre des trois religions

La grande, voire très grande, chaleur sied au palmier. Dans les conditions extrêmes du désert, le miracle de son adaptation et de sa survie tient en un mot : l’eau. La présence d’une nappe phréatique où les milliers de petites racines de l’arbre puisent l’eau indispensable fait surgir un havre de vie au milieu du désert le plus aride.

Le palmier dattier comble l’homme de ses bienfaits. Peu gourmand lui-même, il fournit à l’homme des dattes à grande valeur nutritive qui apaisent sa faim, apportent vigueur au corps, fournissent le jus dont l’oasien tire le sucre et du sirop. Dans cet arbre, tout est utilisable, il n’y a rien à jeter : on tresse ses jeunes palmes pour en faire des paniers, des nattes et des couffins ; les branches mortes servent de balais, d’éléments pour les clôtures ou de combustible. Les ermites retirés dans le désert se tressaient des vêtements avec des palmes et s’en construisaient des cabanes. Le tronc, lui, résiste au feu. Même les noyaux sont utiles ! Ces grains servaient de chapelet pour compter les dhikr (invocations à Allah). Réduits en poudre, ils entrent dans la composition de la nourriture des chameaux et des ânes. La sève produit une boisson rafraîchissante et, fermentée, donne le vin de palme auquel on attribue des vertus médicinales. Dans l’Egypte ancienne, le vin de palme, grâce à ses propriétés antiseptiques, était utilisé pour la momification : les embaumeurs lavaient l’abdomen de la dépouille mortelle du pharaon avec ce vin.

Le palmier est un arbre convivial et protecteur : sa haute taille permet l’étagement des cultures. Sous les vastes frondaisons croissent les arbres fruitiers (oliviers, orangers, figuiers, abricotiers…) qui eux-mêmes abritent des légumes, tous indispensables à la survie des oasiens et à l’accueil des nomades. Grâce à lui, on jouit dans la palmeraie d’une sécurité matérielle, voire d’une relative aisance. [12]
Au nomade qui arrive à la palmeraie épuisé et déshydraté par sa longue route à travers le désert, l’oasis apporte l’eau et la nourriture, une fraîcheur et une douceur de vie réparatrices qui le dédommagent des fatigues de son périple. Tout à l’heure encore écrasé par la brûlure du soleil, il prend, sous le petit vent dont le berce la palme, un avant-goût du paradis.

On comprend dès lors pourquoi on entoure cet arbre providentiel de tant de soins, de délicatesse et de respect.

Le palmier est pour l’homme un ami fidèle : dès qu’il est apte à produire, il livre ses fruits, sans faillir, jusqu’à sa mort. Si les conditions minimales sont présentes, un noyau de datte prend aisément racine [13].

Avec un tel palmarès, il n’est pas surprenant qu’il soit très tôt devenu porteur de symboles multiples : il est l’arbre sacré des Assyriens et des Babyloniens ; arbre de vie chez les Chaldéens et les Egyptiens. Le dattier se pérennise en produisant à sa base des rejets : on en fit, en Egypte et en Inde [14] le symbole de la fécondité. Sa durée de vie est particulièrement longue : les Chinois en font l’emblème de la longévité. Il est porteur de ces mêmes symboles dans toutes les civilisations qui l’honorent.
Très tôt donc, il est considéré comme un élément divin et les religions en adoptent l’emblème. La Bible en fait la métaphore du juste : « Les justes croissent comme le palmier, ils s’élèvent comme le cèdre du Liban. [15]  » Les premiers chrétiens y virent un symbole de la chasteté [16] et de la modestie [17]. Il est, avec l’olivier, le figuier et le grenadier, l’un des arbres du paradis chez les musulmans. La tradition de l’Islam affirme clairement le lien extrêmement fort qui existe entre le palmier et le Paradis. En effet, selon elle, en chassant Adam, Dieu ne l’a pas laissé démuni puisqu’il lui a intimé l’ordre d’emporter le palmier : « Lorsque Dieu fit sortir Adam du paradis, il lui ordonna d’emporter avec lui le palmier. Adam le planta à la Mekke. Tous les palmiers qui en sont la ” postérité directe “ appartiennent à l’espèce ajwa. Tous les autres palmiers, dans les orients et les occidents de la Terre, sont issus des noyaux de ses dattes. [18] »

Puisqu’il est vénéré pour les bienfaits dont il comble l’humanité, il est considéré comme le don d’un dieu ou de Dieu. L’islam va très loin en ce sens. En effet, selon Ibn Arabi − qui commente un hadith [19] −, le palmier a été créé d’un reste du levain de l’argile qui a servi à façonner l’homme. Il est donc la sÅ“ur d’Adam et, par conséquent, la tante paternelle (le terme arabe nakhla est féminin) de l’homme et de l’humanité. « … quand Allah eut fait de lui [Adam] le principe des autres formes corporelles humaines, un surplus de levain de l’argile qui le constituait subsista. De cet excédent, Allah créa le palmier qui fut ainsi la sÅ“ur d’Adam − sur lui la paix − et comme une tante paternelle pour nous. La Tradition religieuse désigne par ce terme le palmier et l’assimile au Fidèle. Il possède des secrets à la différence des autres végétaux. » [20] Le respect que l’on manifeste en terre d’islam à l’arbre nourricier se double d’un respect mystique en raison de la préséance que lui confère Dieu sur les autres créations végétales, respect d’autant plus vif que les Musulmans considèrent Adam comme le premier prophète : « Honorez votre tante le palmier car il a été créé du surplus de l’argile dont a été constitué votre père Adam. Parmi les arbres, aucun n’est plus honoré d’Allah… »
Les racines fortement ancrées dans le sol, le palmier rejette bien haut sa large frondaison, à quelque vingt ou vingt-cinq mètres, vers le ciel. De son tronc élancé et raide, il relie le ciel et la terre, l’homme avec la divinité. Et c’est dans cet esprit qu’il faut lire la symbolique du palmier dans l’islam : par le haut qui rejoint le Paradis et le bas qui s’enracine sur la terre, il est le joint entre les deux mondes.

Le nom scientifique du palmier dattier, Phoenix dactylifera, provient du nom Phoenix que les Grecs avaient attribué à cet arbre qui, selon eux provenait de Phoenikia, « le pays des palmes » − la Phénicie −, dont les commerçants faisaient le commerce des dattes dans les pays méditerranéens. On pense immédiatement au phénix, cet oiseau mythique originaire d’Orient, qui vit cinq cents ans et qui, au terme de cette longue durée, se construit un nid d’aromates sur la cime d’un palmier, y met le feu, se consume et, se consumant, se régénère. Trois jours plus tard, de ses cendres, naît un autre phénix dont le destin sera identique. Entre le phénix et le palmier, les similitudes sont vite apparues : puisque par ses surgeons il semble renaître, l’arbre devient le symbole de la vie éternelle, de l’immortalité, de la réincarnation. Pour le judaïsme et le christianisme, celui de la Résurrection (le Christ ressuscite le troisième jour). La végétation du désert est vivifiée par l’eau qui tombe du ciel : elle se redresse et semble renaître. Le Coran fait de cette pluie, don d’Allah, la métaphore de la Résurrection. Dans la sourate L, « Qaf », parmi tous les végétaux, le palmier est le seul cité : « Nous faisons descendre du ciel une eau bénie grâce à laquelle nous faisons croître des jardins ; le grain que l’on moissonne ; les palmiers élancés porteurs de régimes bien ordonnés, pour nourrir nos serviteurs.
Nous rendons ainsi la vie à une terre morte. Voilà comment se fera la Résurrection
. » [21]

Pour les chrétiens, la résurrection du Christ se célèbre le jour de Pâques. Le dimanche qui précède cette fête commémore l’entrée de Jésus à Jérusalem. La foule, venue dans la ville à l’occasion de la Pâque juive proche, l’accueille selon une ancienne tradition orientale, en agitant des rameaux, c’est pourquoi l’Eglise l’appelle le « dimanche des rameaux ». L’évangéliste saint Jean précise qu’il s’agit de rameaux de palmiers : « La grande foule venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem ; ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre. Ils criaient : “ Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ” […] » [22] Selon les directives de Dieu, le rameau de palmier est aussi présent dans la fête de Souccot, l’une des trois grandes fêtes juives, celle qui commémore la sortie d’Egypte des Hébreux et leur triomphe sur Pharaon : « Le premier jour vous prendrez de beaux fruits, des rameaux de palmier, des branches d’arbres touffus et de saules des torrents, et vous serez dans la joie pendant sept jours devant Yahvé votre Dieu. [23] »
Durant toute l’Antiquité, dans le bassin méditerranéen, la palme était symbole de victoire [24] : ainsi, les Grecs et les Romains en offraient-ils une à tout vainqueur. De là, le sens glisse vers une victoire sur la mort, c’est pour cela que les martyrs chrétiens sont souvent représentés une palme à la main. La palme devient donc aussi symbole d’immortalité : l’accueil triomphal fait à Jésus entrant à Jérusalem a pour signification sa victoire sur la mort et son immortalité.

Mais le palmier est aussi l’arbre qui préside à l’enfantement.
L’Antiquité nous offre deux légendes où il intervient au moment de naissances. La première concerne celle du dieu Apollon : après avoir été rejetée par toutes les cités grecques, la déesse Léto trouve enfin, en l’île de Délos, un endroit où mettre au monde son enfant. Dans la prairie où elle est prise des premières douleurs de l’accouchement, elle avise un palmier, l’étreint et, grâce à cet appui, sur la terre meuble, la vie jaillit d’elle : « […] l’élan de la vie est mieux suggéré encore par le palmier qu’agrippe Léto. Ses racines pénètrent aussi dans le sol, mais son privilège à lui, c’est plutôt d’élever le regard vers le ciel. Il est à la fois l’image de la mère qui enfante […], mais il symbolise aussi la jeunesse et la force qui croît, la puissance d’un dieu qui va faire sortir Délos de son obscur anonymat, renouveler sa face et la couvrir d’une gloire éternelle. [25] »

L’espoir qui s’attache à une naissance et la force qui semble jaillir de la faiblesse même s’expriment dans le rêve que fit, selon le poète latin Ovide, Rhéa Silvia, future mère de Romulus et Rémus, les fondateurs de Rome : alors qu’elle se reposait dans l’attente de la délivrance, les deux enfants lui apparurent sous la forme de deux palmiers dattiers aux branches majestueuses chargées de fruits dressées vers le ciel. Elle y vit un signe de bon augure pour l’avenir.

Dans un des évangiles apocryphes [26] qui racontent l’enfance de Jésus, s’établit le lien entre la naissance de Jésus et la renaissance de la nature, l’Incarnation et la Résurrection : « Lorsque le moment de sa délivrance approcha, elle [la Vierge Marie] sortit au milieu de la nuit de la maison de Zacharie, et elle s’achemina hors de Jérusalem. Et elle vit un palmier desséché ; et lorsque Marie se fut assise au pied de cet arbre, aussitôt il refleurit et se couvrit de feuilles et de verdure… Et Dieu fit surgir à côté une source d’eau vive, et lorsque les douleurs de l’enfantement tourmentaient Marie, elle serrait étroitement le palmier de ses mains. »
Le palmier, facilitateur de l’enfantement, est aussi − parce qu’il est arbre de vie −, celui dont le seul contact apporte force, réconfort et courage. Il est celui qui nourrit : lors de la fuite en Egypte, un palmier sustente la Sainte Famille en lui offrant les dattes de ses branches et, de ses racines, de l’eau. Cette nourriture terrestre vaut métaphore spirituelle.

L’ange vient d’annoncer à Marie qu’elle allait concevoir un fils. Dieu dit : « Nous ferons de lui un signe pour les hommes ; une miséricorde venue de nous. Le décret est irrévocable. [27] » Pour l’Islam, Aïssa [28] est l’avant-dernier prophète, celui du Nouveau Testament, Muhammad étant le dernier, « le sceau des Prophètes » et le Coran le « Dernier Testament ». La relation de la naissance permet de mesurer la sollicitude divine envers Marie, sur le point d’accoucher : « Les douleurs la surprirent auprès du tronc du palmier.
Elle dit : ” Malheur à moi ! Que ne suis-je déjà morte, totalement oubliée ! “
L’enfant qui se trouvait à ses pieds l’appela : ” Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a fait jaillir un ruisseau à tes pieds.
Secoue vers toi le tronc du palmier ;
Il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange, bois et cesse de pleurer
.” [29] »

Là encore, très fortement, l’eau et les dattes sont source de vie, les dattes surtout, car elle sont fruits du Paradis : en effet, selon la tradition de l’Islam, Adam aurait apporté du Paradis trois choses : la myrte, l’épi et « la datte Ajwa, qui est le seigneur des fruits de ce bas monde [30] ». Elle est le fruit qui relie les descendants d’Adam à la première demeure, le Paradis, et, lorsque le musulman rompt le jeûne du Ramadan en mangeant avant toute nourriture deux dattes, il réitère − inconsciemment peut-être − cette filiation. Marie mange des dattes et boit de l’eau, tous deux dons de Dieu envoyés expressément à la mère. Par les dattes, est assuré le lien entre la vie terrestre de Marie, la mission d’enfantement d’un Prophète dont l’a honorée Dieu et le Paradis.

Le palmier fournit la nourriture terrestre et la nourriture spirituelle, c’est pourquoi, il est l’arbre que Dieu préfère entre tous : « Parmi les arbres, aucun n’est plus honoré d’Allah que celui sous lequel Marie fille d’Imrân a enfanté Jésus. [31] »

L’arbre de la Nativité, ce pourrait être lui, le palmier !

L’olivier, arbre universel

Il est né de la rivalité de deux dieux.
Sur le sol aride balayé des vents et brûlé par le soleil, ils confrontent leur virtuosité divine. Mais Poséidon le fougueux, avec son cheval ailé, doit baisser trident devant Athéna la sage, désormais déesse éponyme de la ville qui inventa la démocratie.
A côté du cadeau prestigieux du dieu de la mer, elle fait naître du roc un arbre [
32]. Un arbre au tronc noueux, aux feuilles minuscules, aux durs fruits oblongs.
Les rudes paysans attiques virent bientôt de quelle utilité leur serait cet arbre à la sobriété vite légendaire : écran contre le vent ou ondoyant faiseur de brise rafraîchissante, pourvoyant l’homme d’ombre et du frugal repas quotidien.
Tel qu’il est, cet arbre leur ressemble, au physique comme au mental : il sera, enraciné profondément dans la terre, un peu comme leur double, le frère de l’homme. L’écrivain algérien Mouloud Mammeri parle avec amour des oliviers de sa Kabylie natale : « il est fraternel et à notre exacte image. Il ne fuse pas d’un élan vers le ciel comme vos arbres gavés d’eau. Il est noueux, rugueux, il est rude, il oppose une écorce fissurée mais dense aux caprices d’un ciel qui passe en quelques jours des gelées d’un hiver furieux aux canicules sans tendresses. […] L’olivier, comme nous, aime les joies profondes, celles qui vont par-delà la surface des faux-semblants et des bonheurs d’apparat. [33] »
C’est un arbre sage et modeste − davantage que les hommes ! −, conscient de la mission qui lui incombe, qui n’est pas tenté par la gloire : aux arbres qui veulent l’élire pour roi, il répond : « Puis-je abandonner mon suc et mon huile dont les dieux et les hommes se servent, pour venir m’établir au-dessus des arbres ? [34] »

De la sagesse d’une déesse était né l’arbre qui sera le symbole de la sagesse humaine et du labeur, et bien plus encore au fil des siècles. Pour lui signifier leur reconnaissance, les Athéniens érigèrent en son honneur un temple sur le lieu même où les dieux s’étaient affrontés et où avait poussé l’olivier, attribuant à celui-ci, d’emblée, un caractère sacré.

L’olivier se mérite. Cet arbre que ne rebutent pas les rigueurs du climat donne à l’homme une leçon d’exigence et de vie : « Comme nous, il répugne à la facilité, dit Mouloud Mammeri. Contre toute logique, c’est en hiver qu’il porte ses fruits, quand la froidure condamne à mort tous les autres arbres. C’est alors que les hommes s’arment et les femmes se parent pour aller célébrer avec lui les rudes noces de la cueillette. Il pleut, souvent il neige, quelquefois il gèle. Pour aller jusqu’à lui, il faut traverser la rivière et la rivière en hiver se gonfle. Elle emporte les pierres, les arbres et quelquefois les traverseurs. Mais qu’importe ! Cela ne nous a jamais arrêtés ; c’est le prix qu’il faut payer pour être de la fête. » [35]. Malgré son caractère souvent pénible, la cueillette des olives est un moment convivial et fraternel. Réunissant toutes les familles du village, elle développe un esprit de solidarité et d’entraide.

Les efforts et le travail qu’il exige de l’homme avant de le nourrir sont inscrits dans la mémoire artistique : scènes de cueillette ou de gaulage des fruits, de pressage de l’huile racontent l’importance de cet arbre dans la vie économique antique dont il participait à la richesse [36] : un trafic intense d’olives et d’huile d’olive reliait les pays riverains de la Méditerranée entre eux. Les rameaux de l’arbre, ses fruits se présentent comme des leitmotivs sur les jarres et les amphores, les fresques et les mosaïques. L’art témoigne de l’importance majeure de l’olivier dans la vie et la culture des peuples qui le connaissaient.
Plus près de nous, poètes, chanteurs et peintres succombent à la magie de cet arbre. Dans l’olivette, Renoir se régale : « Regardez donc la lumière sur les oliviers, ça brille comme du diamant. C’est rose, c’est bleu. Et le ciel qui joue à travers, c’est à vous rendre fou. » Mais le vert de l’olivier peut aussi faire le désespoir du peintre. Le vert de l’olivier n’est pas le vert olive. Vert foncé luisant au-dessus, vert argenté au-dessous. Ce n’est rien encore : selon la lumière du jour, ce vert se ternit, s’illumine, se diffracte, se marie à d’autres couleurs. Comment saisir ce mouvement continuel des couleurs ? Porter sur la toile l’infini nuancier et la poésie du feuillage de l’olivier était pour Van Gogh une véritable souffrance : « Je lutte pour attraper cela. C’est de l’argent, tantôt plus bleu, tantôt verdi, bronzé, blanchissant sur terrain rose, violacé, orangeâtre, jusqu’à l’ocre rouge. Mais fort difficile, fort difficile. [37] » Et Mouloud Mammeri d’ajouter : « L’arbre et sa couleur bichrome : les feuilles sont vertes d’un côté, blanches de l’autre et tu ne sais jamais, quand tu es dessous, quel ton va prendre sous le vent la chevelure diaprée qui chatoie par-dessus toi. [38] »

Avec son allure modeste, c’est un grand conquérant. La recherche scientifique situe l’origine de cet arbre miraculeux en Asie Mineure. Vers 3000 ans avant Jésus Christ, il occupe tout le croissant fertile. La découverte sur les rives orientales de la Méditerranée de pressoirs à huile datant de cette époque atteste de l’exploitation assidue de cet arbre. L’olivier est connu des Egyptiens vingt siècles avant J.C. ; il s’implante en Grèce vers -1850, puis dans tout le bassin méditerranéen où il s’acclimatera aisément, à telles enseignes qu’il est devenu l’arbre emblématique de la Méditerranée. Il fait souche en Provence, apporté là par les commerçants phéniciens.
Déjà se lit cette double vocation de la Méditerranée : espace de rivalités sanglantes, mais aussi d’échanges entre les hommes si éloignés, rapprochés pourtant, culturellement, par le lien que tisse entre eux cet arbre.

Dans toutes les civilisations antiques, l’olivier est l’arbre aimé des dieux : quiconque en endommageait un était passible de mort. La mythologie grecque est à son propos l’une des plus riches. Elle dit comment une déesse le fit naître et comment, après la destruction complète d’Athènes et de ses oliviers par les Perses (-480), Athéna fit renaître en une nuit l’arbre titulaire de la cité, ce qui redonna à la population du courage pour sa reconstruction. L’olivier devint alors symbole de résurrection et d’espérance.
L’olivier bienfaisant est présent à tous les moments de la vie de la cité, de génération en génération : sa longévité [39] est emblématique. Lorsqu’il est bien vieux, il fait saillir des rejets de sa souche, et l’arbre repart : il est, dans une famille, une cité, l’arbre familier que l’on côtoie et connaît de sa naissance à sa mort. Grâce à son système de défense − son écorce −, « il a traversé les siècles. Certains vieux troncs, comme les pierres du chemin, comme les galets de la rivière dont ils ont la dureté, sont aussi immémoriaux et impavides aux épisodes de l’histoire ; ils ont vu naître, vivre, et mourir nos pères et les pères de nos pères. A certains on donne des noms comme à des amis familiers ou à la femme aimée (tous les arbres sont chez nous au féminin) parce qu’ils sont tissés à nos jours, à nos joies, comme à la trame des burnous qui couvrent nos corps. » [40]
C’est un arbre généreux : il nourrit l’homme, le chauffe, l’éclaire, l’aide à se garder en bonne santé. Ses vertus médicinales sont impressionnantes : son huile riche, douce et gouleyante est excellente pour la santé et le Prophète Muhammad en conseillait l’utilisation régulière et exclusive. [41] Les athlètes aussi s’en servaient pour apprêter leur corps pour le combat.
L’olivier est le bois dont on taillait les statues des dieux du temps d’Eschyle ou d’Homère. Ulysse en avait fabriqué le lit conjugal et, grâce à l’exemplarité de Pénélope on fera de l’olivier le symbole de la fidélité. C’est un bois dur et compact, difficile à travailler, solide, dont on a fait l’emblème de la force. Une légende attribue à Héraklès, le demi-dieu aux douze travaux, l’invention des jeux olympiques dédiés à Zeus. [42] Le vainqueur recevait une couronne tressée avec des rameaux de l’olivier planté par Héraklès − ou d’olivier sauvage, selon une autre version − et cette simple couronne faisait de lui, dans toute la Grèce, un personnage prestigieux. Et l’olivier représenta la victoire et la gloire. On gratifiait également l’athlète victorieux de jarres d’huile d’olive, cadeau dont il n’est plus besoin de souligner la valeur marchande et symbolique.

D’autres déesses − Isis en Egypte, Minerve à Rome, Astarté en Orient −, dans d’autres mythologies, en des lieux et des temps différents, par interpénétration culturelle ou non, apprennent à l’humanité à le cultiver, à en extraire le nectar, à le plier à ses besoins.

Il n’est pas étonnant non plus que, pièce maîtresse du paysage méditerranéen, aussi loin que remonte la mémoire des siècles, l’olivier soit omniprésent dans les trois religions monothéistes et leurs rites.

Canaan est dans la Bible « un pays de blé et de vin, un pays de pain et de vignes, un pays d’oliviers à huile et de miel  [43] ». C’est à Gethsémani (« pressoir à huile » en araméen) que Jésus pria avant d’être arrêté et condamné. Le mont des Oliviers est un lieu important pour les chrétiens : Jésus se retirait pour prier [44] et s’est rendu après son dernier repas sur ce mont même où Adam et Eve, chassés du paradis seraient venus se réfugier. La croix sur laquelle il a été crucifié était composée d’une traverse de cèdre et d’un pieu d’olivier. [45] C’est du mont des oliviers que Jésus est monté au ciel. [46] Ainsi, le christianisme, associe l’olivier à la mort et à la résurrection et surtout à l’amour puisque, selon lui, le Christ est mort par amour pour l’humanité. Selon le prophète Zacharie, Yahvé s’y tiendra le jour du Jugement dernier.

Orient, Occident de l’Ancien testament, des Evangiles et du Coran : l’huile d’olive y a une fonction sacrée. Sur ordre de Yahvé, Moïse prépare l’onction sainte pour les rites : de l’huile d’olive parfumée avec de la myrrhe, de la cannelle, du roseau et de la casse. La Bible est pleine de références à l’huile d’olive et à ses utilisations pour la célébration du culte divin. Une des fêtes juives qui se célèbre presque en même temps que Noël, Hannouka, appelée aussi « fête des lumières » est entièrement associée à l’olivier et à son huile. Elle célèbre la reconsécration, en 165 avant J.C., du temple de Jérusalem après sa destruction par Antiochus IV. Ce jour-là, l’huile consacrée manquait, il n’en restait plus dans la petite fiole que la valeur d’une seule journée. Alors, il y eut un miracle : l’huile dura tant et tant qu’elle put éclairer le temple pendant huit jours. C’est cela qui se commémore le jour de Hannouka, mais c’est aussi une fête agricole où l’on récolte les olives d’où l’on tirera l’huile nouvelle.

L’huile d’olive était censée conférer la puissance et l’autorité, aussi les Hébreux en enduisaient-ils leurs grands prêtres, juges et rois. David fait de l’olivier le symbole du succès et de la bénédiction divine : olivier et huile d’olive signent le pacte entre l’homme et Dieu.
Sans cesse, de Dieu à l’homme, se crée ce lien de divinité, d’autorité, de sagesse et de puissance à travers l’onction des rois, qu’ils fussent de l’Israël antique ou de France, ou celui qui fut appelé par dérision le « roi des Juifs » [47]. C’est encore l’huile d’olive additionnée de baume − le saint chrême [48] − qui, dans des sacrements chrétiens, tendent, de la naissance à la mort, ce fil ininterrompu entre Dieu et les siens.

Comme le palmier dont le tronc rectiligne symbolise la rectitude morale chez les Juifs, dont le tronc élancé exprime l’aspiration de l’homme vers Dieu chez le musulman, l’olivier est source de métaphores. Le prophète Jérémie compare le peuple juif à « l’olivier verdoyant » [49] L’apôtre Paul reprend la même métaphore et la file, faisant du christianisme « l’olivier sauvage »« greffé sur l’olivier franc » [50], c’est-à-dire sur le judaïsme.
Dans le Coran, la parole de Dieu à laquelle adhèrent les croyants est comparée à un « bon arbre » alors qu’ « Une parole mauvaise est semblable à un arbre mauvais : déraciné de la surface de la terre, il manque de stabilité. [51] » Le palmier et l’olivier sont tous deux des arbres agréés par Dieu : « N’as-tu pas vu comment Dieu propose en parabole une très bonne parole ? Elle est comparable à un arbre excellent dont la racine est solide, la ramure dans le ciel et les fruits abondants en toute saison, − avec la permission de son Seigneur − […] [52] ».

Comme le palmier aussi, l’olivier est pour le musulman à la fois nourriture terrestre et nourriture spirituelle. Il est « l’arbre central, l’axe du monde, symbole de l’homme universel, du Prophète [53] ». Dans le Coran qui jure « par le figuier et l’olivier [54] », l’olivier est présenté, à l’instar de tous les arbres fruitiers, comme un don de Dieu : « Nous avons fait naître aussi un arbre qui sort du Mont Sinaï et qui produit de l’huile et un condiment. [55] »
Il sert la parabole de la lumière, celle d’Allah opposée aux ténèbres de l’incrédulité : « Dieu est la lumière des cieux et de la terre ! Sa lumière est comparable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre ; le verre est semblable à une étoile brillante.
Cette lampe est allumée à un arbre béni : l’olivier qui ne provient ni de l’Orient ni de l’Occident et dont l’huile est près d’éclairer sans que le feu la touche.
Lumière sur lumière !
 [56] »
L’olivier serait ici, selon Avicenne, la faculté de réflexion qui permet à l’intelligence humaine de s’épanouir. [57]

Sapin, palmier et olivier sont pour l’homme des symboles de fidélité et d’immortalité. Tous trois sont arbres du paradis : soit comme le sapin, en en ayant assumé pendant longtemps la représentation − mais perdant au fil du temps ses références religieuses ; soit comme le palmier et l’olivier qui y sont étroitement associés par les textes sacrés et les traditions.
Entre ces deux arbres existent de nombreuses similitudes : ils sont à la fois pourvoyeurs de nourriture terrestre et porteurs de valeurs religieuses qui en font les éléments indissociables de la vie sociale − l’un des zones arides, l’autre des pays méditerranéens − et spirituelle des peuples des trois grandes religions monothéistes.

L’olivier est en plus porteur d’un message universel qui ne devrait laisser personne indifférent.
Il est, depuis l’aube des temps, symbole d’espérance et de paix. Et en ce sens, l’humble rameau d’olivier a eu un destin fabuleux.
Paix entre Dieu et les hommes : après cent cinquante jours de déluge et d’errance sur la mer, Noé, vit que les eaux avaient commencé à baisser. Lorsque l’arche se fut immobilisée, Noé lâcha une colombe. Elle revint tenant en son bec un rameau d’olivier vert, signe que des terres commençaient à émerger des flots. La colère de Dieu enfin apaisée, les flots calmés, les vannes du ciel fermées, le destin de l’humanité pouvait commencer à reprendre un cours normal. Dieu, après sa grande colère, s’était réconcilié avec l’homme et avait signé avec lui une alliance éternelle.

Paix aussi entre les hommes, de bonne ou de mauvaise volonté.
Les jeux olympiques que son inventeur avait placés sous le signe de la couronne d’olivier consacraient l’arrêt des hostilités entre les cités pendant au moins la durée des jeux.
Et c’est pour affirmer vaille que vaille cette volonté de paix que l’ONU a représenté le monde inséré entre les deux branches protectrices d’une couronne de rameaux d’olivier − couronne blanche comme la colombe, autre symbole de la paix − sur le fond bleu de son drapeau qui n’en peut mais de flotter aux quatre coins embrasés de la planète.

La paix, au nom des valeurs, profanes et religieuses, conférées au sapin, au palmier et à l’olivier …
La paix, maintenant !

Michèle ABBAS

On consultera avec profit :
A.A., Notes sur le symbolisme du palmier, (Internet)
CHEVALIER, Jean et GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des symboles. Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Editions Robert Laffont/Jupiter, Collection Bouquins, Paris, 1982.
DURBANT Jean-Claude, Ethnologie de Noël, Grasset, Paris, 2000
LEVI-STRAUSS, Claude, Le Père Noël supplicié, 1952, réédité aux éditions Sables en 1999.
MOREAUX, Stéphane, L’Olivier, Actes Sud, 1997
MUSSELMANN, L.J., Les arbres dans le Coran et la Bible : www.fao.org
La Bible et le Coran sont sur le net.

[1] La doctrine chrétienne fait de Jésus le fils de Dieu. L’Islam rejette la divinité du Christ.

[2] De nos jours encore, chez les Scandinaves, la fête de Noël porte son vieux nom païen de Yul.

[3] Selon les évangiles de saint Luc et de saint Mathieu. Matthieu écrit (2,1) : « Jésus était né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode » et Luc (2,4) : « Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s’appelle Bethléem. […] Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où [Marie] devait accoucher arriva. »

[4] A la fin du VIIème siècle, le moine saint Boniface avait pour mission d’évangéliser les druides germains. Pour leur prouver la fausseté de leurs croyances, il fit abattre un chêne, leur arbre sacré, qui en tombant abattit toute la végétation autour de lui. Seul un sapin resta debout. Ce fut considéré comme un signe. Et depuis, en Allemagne, le sapin est associé à la célébration de la naissance du Christ. Longtemps on l’appela « l’arbre de Jésus ». Une légende bavaroise explique ainsi l’origine de l’arbre de Noël : Jésus, déguisé en mendiant, est recueilli et nourri par la famille d’un pauvre bûcheron. Il se fait reconnaître, casse un rameau de sapin et le plante en terre. Aussitôt, la branche devient un arbre chargé de fruits merveilleux. « Puisque vous m’avez nourri et soigné, cet arbre vous réconfortera chaque année, la veille de mon jour de naissance. »

[5] La 1ère mention écrite de l’existence d’un arbre de Noël date de 1521 : c’est un document officiel par lequel le bourgmestre de Sélestat, en Alsace, autorise les citoyens de la ville à couper un sapin pour célébrer Noël dans la forêt des Vosges, trois jours avant Noël, la nuit de la saint Thomas. Mais on sait que cette coutume existait en Alsace depuis le XIIème siècle. D’Alsace le sapin de Noël se répandit en Allemagne grâce aux marchands bavarois qui participaient aux foires de Strasbourg, puis en Autriche et en Tchécoslovaquie. Les pays protestants − pour lesquels le sapin représente l’Arbre du Paradis − l’adoptèrent rapidement. Dès la fin du XVIIème siècle, il est aux Etats-Unis sur la trace des soldats allemands qui participaient à la guerre de Sécession. En 1738, Marie Lesczynska, épouse de Louis XV, l’introduit à Versailles et un siècle plus tard, la duchesse d’Orléans, d’origine allemande, en fait installer un aux Tuileries. Le sapin traverse la Manche et en 1821, on parle pour la première fois d’un arbre de Noël en Angleterre. Dans les années 40, il commence à entrer dans les foyers, d’abord dans la famille royale grâce au Prince allemand Albert, époux de la reine Victoria. Après la guerre de 1870, les familles alsaciennes qui ont fui l’Alsace annexée, ont emporté et diffusé leur tradition de l’arbre de Noël.

[6] Dieu dit : « … de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas … » (Genèse 2.17). Mais Adam et Eve transgressèrent son ordre : « La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence ; elle prit de son fruit, et en mangea ; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea. » (Genèse 3.6)

[7] « Yahvé Dieu planta un jardin en Eden, à l’Orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » (Genèse II, 8-9)

[8] Les boules qu’aujourd’hui on accroche dans l’arbre sont les descendantes des pommes de jadis. En voici la rapide histoire. L’été 1858 était pourri, l’automne ne valait guère mieux et l’hiver était particulièrement rude : il n’y avait pas cette année-là de pommes pour le sapin. Alors, un artisan verrier de Meisenthal, à la frontière de l’Alsace et de la Lorraine, eut l’idée de souffler du verre en forme de pomme de pin, d’oiseaux, de boules : les premières boules de Noël étaient nées.

[9] Pain servant dans les offices catholiques, fait de farine sans levain (azyme), en forme de lamelle mince et ronde que le prêtre consacre à la messe.

[10] Dans la théologie chrétienne, l’Incarnation est le mystère de Dieu fait homme en Jésus Christ. (Voir Note 1)

[11] Le mot « Testament » est issu du mot latin Testimonium par lequel a été traduit le mot hébreu signifiant « Alliance, pacte avec Dieu ». Par « Testament », il est fait référence ici aux textes bibliques et évangéliques.

[12] Parfois même de grande richesse : en plein milieu du désert syrien, une ville devient un relais commercial important, et doit à ses cent mille palmiers − qui sont une belle source de revenus − son nom de Palmyre.

[13] Pour les Crétois, des marchands phéniciens jetant leurs noyaux de dattes seraient à l’origine de la magnifique palmeraie de la plage de Vai. Au Maroc, on attribue aux soldats de l’armée de Youssef Ben Tachfine, bivouaquant dans la plaine du Haouz au pied de l’Atlas, la création de celle de Marrakech (XIème siècle). A son retour de pèlerinage, un Tunisien planta les noyaux qu’il avait rapportés de la Mecque dans le Sud désertique de Tunisie et créa ainsi une nouvelle palmeraie. Dans le monde musulman, le palmier est fréquemment associé à la tombe d’un saint.

[14] En Inde, les feuilles de palmier sont toujours présentes lors des cérémonies de mariage car elles symbolisent l’abondance, la fertilité et la plénitude.

[15] La Bible, Psaumes, 92,12.

[16] Parce que il y a un arbre mâle et un arbre femelle : les deux sexes sont séparés.

[17] Parce qu’il n’exhibe pas ses fleurs.

[18] Imam Jaafar As Sadiq, Histoire des Prophètes, le Caire. Cité in « Notes sur le symbolisme du palmier » (Internet).

[19] Dit ou commentaire du Prophète Muhammad.

[20] Ibn Arabi, El Futûhât al Makkiyya (Les Conquêtes mecquoises).Cité in A.A., « Notes sur le symbolisme du palmier », op. cit.

[21] Le Coran, préface par Jean Grosjean ; introduction, traduction et notes par Denise Masson, Gallimard, Collection La Pléiade, Paris, 1967. Sourate L, versets 9 à 11.

[22] Evangile selon saint Jean, XII, 12-15

[23] Lévitique, XXIII, 39

[24] Les philosophes grecs Aristote et Plutarque donnent une explication à cette attribution : « Si l’on met sur le bois du palmier un poids très lourd, et qu’on le charge au point qu’il ne puisse supporter la masse qui agit sur lui, le palmier ne cédera pas, ne fléchira même pas ; au contraire, il résistera et se relèvera en formant une courbe. Voilà pourquoi, dans les combats, la branche de palmier est devenue le symbole de la victoire parce qu’il est dans la nature de ce bois de ne jamais céder. » (Plutarque)

[25] André Motte, Actes des journées universitaires de Hérisson (juin 2002). Publié dans « Kubala », collection Actes II, Paris, 2003.

[26] L’Eglise, reconnaît comme une autorité de foi et de vie les textes canoniques, c’est-à-dire les quatre Evangiles (de Marc, Mathieu, Luc et Jean), Les Actes des Apôtres et Les Lettres de Paul. Les autres textes sont dits apocryphes, c’est-à-dire non retenus par l’Eglise.

[27] Le Coran, XIX, 21, « Marie », op. cit.

[28] Aïssa est le nom arabe de Jésus. Maryam est celui de Marie.

[29] Le Coran, XIX, 22-26, « Marie », op. cit.

[30] Propos rapportés par Ibn Abbas. Cité in « Notes sur le symbolisme du palmier », op. cit.

[31] Hadith cité par Ibn Arabi, In « Notes sur le symbolisme du palmier », op. cit.

[32] Ou, selon une autre version, elle aurait greffé un olivier sauvage.

[33] Mouloud Mammeri, interview parue dans « Alger-Hebdo » en mars 2001

[34] Bible, Livre des Juges, 8,9

[35] Mouloud Mammeri, ibid.

[36] Mistral s’émerveillait de voir « l’or couler de l’arbre à chaque goutte » : la couleur, mais aussi la richesse.

[37] Lettre à son frère Théo, fin septembre 1889.

[38] Mouloud Mammeri, ibid.

[39] Le mont des Oliviers à Jérusalem porterait encore des oliviers contemporains du Christ.

[40] Mouloud Mammeri, encore, pour l’émotion qu’il communique quand il parle de l’olivier.

[41] Rapporté par Abou Issa Al Tarmidi qui le tient de Zayed Ben Aslam, d’après son père qui le tient du calife Omar Ibn Al Khatab.

[42] L’Histoire nous apprend que Iphitos institua les premiers jeux athlétiques en -884. Ils se déroulaient à Olympie tous les quatre ans. Toutes les cités états de Grèce y participaient : c’était une période où toutes les guerres étaient suspendues.

[43] La Bible, Le Livre des Rois II, 18,32

[44] « Le jour il était dans le Temple et il enseignait. La nuit, il restait hors de la ville, à l’endroit appelé mont des Oliviers. » Evangile selon saint Luc, 21,37.

[45] Selon une autre version, elle aurait été composée de bois de cèdre, de cyprès, de palmier et d’olivier.

[46] D’après Luc, 25, 50-52.

[47] Jésus est appelé « Christ » qui vient du grec Krestos qui signifie « l’oint du Seigneur ».

[48] khrisma = huile, en grec.

[49] « Olivier verdoyant, remarquable par la beauté de son fruit, Tel est le nom que t’avait donné l’Éternel », La Bible, Ancien Testament, Livre de Jérémie, 11, 16

[50] Lettre aux Romains, 11,17.

[51] Le Coran, Sourate XIV, 26, « Abraham », op. cit.

[52] Le Coran, Sourate XIV, 24-25, « Abraham », op. cit.

[53] Jean Chevalier et Alain Gherbrant, Dictionnaire des symboles, art. « Olivier ».

[54] Le Coran, Sourate XCV, 1, « Le Figuier », op. cit.

[55] Le Coran, Sourate XXIII, 20, « Les Croyants », op. cit. Il s’agit, bien sûr, de l’olivier.

[56] Le Coran, Sourate XXIV, 35, « La Lumière », op. cit.

[57] Mohamed T. Bensaada éclaire le sens de ce verset d’un commentaire d’Avicenne : « En commentant le verset coranique de la Lumière, Avicenne voit que la niche signifie l’intelligence matérielle qui a, avec l’intelligence acquise, le même rapport que la niche avec la lumière. La lampe signifie l’intellect acquis, en acte qui est, vis-à-vis de l’intelligence matérielle, dans le même rapport que la lampe vis-à-vis de la niche. « Elle est allumée grâce à un arbre béni, un olivier… », signifie que la faculté de réflexion est l’olivier, et signifie aussi qu’il est le sujet et la matière des actes intellectuels « comme l’huile est le sujet et la matière de la lampe ». L’intuition, qui ne signifie pas, bien entendu, chez Avicenne, une vraie connaissance immédiate, est plus forte, dans sa définition, que la réflexion. Elle s’appelle intelligence habitus, et « elle est le verre ». Science et religion chez Avicenne et Averroès. »


 

Article écrit le 27 décembre 2006 par Michèle Abbas.
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Vos commentaires

Trois arbres symboles : le sapin, le palmier, l’olivier

Votre article est poétique sensuel et reflète une réalité rêveuse.

Je vous invite a le faire paraitre dans le site olivantis.com

Merci de votre reponse et de votre accord.

Victor Cohen.

Contribution de Cohen Victor

Trois arbres symboles : le sapin, le palmier, l’olivier

Très beau texte que je vais envoyer à mon frère prêtre en Algérie depuis 40 ans. Chantal Ch.

Contribution de

Trois arbres symboles : le sapin, le palmier, l’olivier

madame,

j’ai lu attentivement votre texte surl es arbes et nottament le palmier. Je vous remercie pour la qualité et la finesse des connaisances de cet arbre qui hante un jeune créateur designer de mode d’origine guyanaise . Depuis plus de 10 ans il travaile avec une grande originalité , ilest unique en son genre dans son attachement au palmier royenta de la place des palmistezs de Cayenne. A ce jour chef de file de la mode ethique et appelé de plus en plus à se déplacer pour des defilés ou une mission de recherche je vous invite à prendre connaissance de son site patrick lafrontier.com et des article sur le net le concernant. Bonne lecture et vous avez des pistes pour organiser sa venue pour une prospection dans votre contrée cela serait une grande perspective de la symbolique de cette arbre sur son sol d’origine.Mes salutations sincères et dévouées de productrice de ce jeune créateur Elisabeth Ramus lang

Contribution de ramus lang elisabeth